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Le futur de la chirurgie robotisée

Une mise à jour sur les tendances majeures pour les années à venir, et des différents nouveaux acteurs prometteurs qui pourraient venir bouleverser ce marché concurrentiel.
Simon Wostyn

Dans notre précédent article (cfr ‘L’introduction des robots en salle d’opération aujourd’hui’), nous avons présenté le marché de la chirurgie robotisée, ce qui freine son adoption et les postulats clés qui permettront d’optimiser l’utilisation des robots en milieu hospitalier.

La banque RBC Capital estime que la part des procédures assistées par robot devrait passer à 35 % de l’ensemble des procédures à l’horizon 2024. Dans ce second article, nous allons passer en revue quelques-unes des tendances majeures pour les années à venir, et présenter différents nouveaux acteurs prometteurs qui pourraient venir bouleverser ce marché concurrentiel.

Les avancées technologiques constituent un élément essentiel de l’évolution permanente dans le domaine des soins de santé. Numérisation, automatisation/autonomie et miniaturisation sont les mots qui font le buzz dans la conversation des futuristes du moment. Ils décrivent bon nombre des efforts réalisés dans la R&D à la fois universitaire et commerciale, comme l’a d’ailleurs souligné Catherine Mohr, VP Strategy chez Intuitive Surgical. Le géant californien domine toujours le marché global, mais pourrait bientôt voir arriver de nouveau concurrents. Qui sont ces concurrents et à quelles technologies pouvons-nous nous attendre ?

Découvrons ce que l’avenir nous réserve.

Toujours plus petit

Réduction du temps de séjour, diminution des complications, retour accéléré aux activités professionnelles et moins de douleur sont les avantages les plus souvent cités des procédures robotisées, en particulier par rapport à la chirurgie ouverte. Ces avantages sont surtout rendus possibles par la faculté d’opérer dans des espaces exigus ou difficilement accessibles avec une stabilité sans précédent. À court terme, les fournisseurs vont s’employer à améliorer encore ces atouts en poursuivant sur la voie de la miniaturisation de leurs systèmes robotisés existants ou nouveaux. Au lieu d’un système robotisé bon à tout faire, nous allons voir apparaître des robots conçus pour des procédures très spécifiques ou pour des aspects spécifiques de la chirurgie, car le coût de revient de ces appareils spécialisés peut s’avérer de loin inférieur à celui d’un robot générique. Cela permettrait de surmonter le principal obstacle auquel sont confrontés les hôpitaux, à savoir la charge financière d’un système robotisé.

Aujourd’hui, 90 % des procédures robotisées sont urologiques, et 80 % de celles-ci sont des prostatectomies.1 La robotisation va aussi faire son apparition (ou vient de le faire) dans les procédures oto-rhino-laryngologiques, neurologiques, pulmonaires, orthopédiques et ophtalmiques. Des entreprises comme Medrobotics (oreilles, nez et gorge), Medtech (cerveau et moelle épinière), Cyberknife (tumeurs) et Auris Robotics (cancer du poumon) comptent parmi les principaux acteurs à suivre cette tendance.

Comment vous sentez-vous ?

À côté de la miniaturisation et de la spécialisation, le travail avec les robots va devenir beaucoup plus intuitif (cfr ‘Surgical robotics: the next 25 years’, UK-RAS Network). Disposer d’un chirurgien expérimenté est une exigence essentielle pour obtenir les avantages promis par la chirurgie robotisée. Différentes études ont démontré que les chirurgiens réalisant un faible volume de procédures présentent un risque de complications 30 % plus élevé, des séjours allongés de 10 %, des taux de réadmission 60 % plus élevés et une augmentation de 20 % des coûts par rapport aux chirurgiens opérant davantage (cfr ‘Can the robot be cost-effective for general surgery?’, General Surgery News). Accélérer la courbe d’apprentissage pour les chirurgiens est donc à l’ordre du jour.

L’introduction du retour tactile constitue une avancée technologique majeure pour accélérer le processus d’apprentissage : il permet de ressentir la souplesse et la résistance des tissus au travers de l’instrument robotisé, ce qui peut par exemple aider les chirurgiens à faire la différence entre des tissus bénins et malins. Cette évolution va réintroduire le sens du toucher dans le diagnostic du chirurgien pendant les procédures robotisées en intégrant bien mieux l’humain et la machine. Comme cette façon d’opérer sera bien plus proche de la chirurgie standard, on peut penser que l’apprentissage en sera accéléré. Medtronic devrait implémenter cette technologie sur les systèmes robotisés au cours des années à venir.

Toujours plus intelligent

La miniaturisation et le retour tactile vont améliorer les systèmes robotisés actuels et devraient faire leur apparition au cours des prochaines années. Mais la véritable révolution sera l’intégration bien plus poussée de la robotisation dans l’imagerie médicale. L’imagerie est cruciale parce que la robotisation est utilisée pour rendre la chirurgie aussi peu invasive que possible. Les systèmes robotisés actuels ne font qu’intégrer l’imagerie pour visualiser l’espace réduit dans lequel on peut opérer. La première étape importante viendra de la reconnaissance par image (p. ex. détection automatique des tissus ou analyse colorimétrique) qui aidera le chirurgien en affichant en temps réel les informations pertinentes sur les tissus ou anomalies détectées (réalité augmentée).

La seconde étape consistera à appliquer des algorithmes d’apprentissage approfondi (réseaux neuraux) pour utiliser les images et déterminer les méthodes optimales d’exécution de la procédure requise. L’expertise du chirurgien sera donc complétée par une intelligence artificielle basée sur de vastes bases de données de cas similaires (provenant éventuellement d’autres chirurgiens et/ou hôpitaux), ce qui donnera évidemment un coup de fouet à l’intégration humain-machine. Le système robotisé pourrait également formuler différentes suggestions d’action pendant la chirurgie, un peu comme si l’on conduisait une voiture en utilisant un système de navigation GPS. Potentiellement, la robotisation pourrait même être capable d’opérer elle-même, de façon autonome, à l’image d’une voiture autonome. Dans cette optique, un partenariat très intéressant a été annoncé en 2015 quand la joint venture Verb Surgical a été créée par Ethicon (qui fait partie de Johnson&Johnson) et Verily Life Sciences (qui fait partie d’Alphabet) pour unir la connaissance des instruments chirurgicaux de Johnson&Johnson aux compétences d’apprentissage machine et d’analyse d’imagerie de Google.

Les (nouveaux) robots arrivent

Aujourd’hui, les systèmes robotisés Da Vinci Xi et Si (Intuitive Surgical) dominent toujours le marché. Plusieurs brevets d’Intuitive Surgical vont cependant arriver à échéance au cours des prochaines années, ce qui ne manquera pas de créer des opportunités pour de nouveaux acteurs, souvent des start-ups (cfr. ‘New surgical robots are about to enter the operating theatre’, The Economist). Nous avons déjà cité bon nombre d’entre eux dans cet article, mais les dates de lancement spécifiques restent souvent floues. Les tarifs des nouveaux robots doivent eux aussi encore être communiqués, mais il est probable que l’aspect financier constituera le principal moteur de la recomposition de l’environnement concurrentiel. On s’attend à des modèles économiques de type « rasoir-lames de rasoir », avec un investissement initial réduit mais des coûts d’utilisation et de maintenance qui représenteront la majeure partie du coût total du système robotisé. Les entreprises pourraient également introduire des modèles économiques « service comme produit », où l’on vend un résultat médical au lieu d’un appareil robotisé, ce qui inclurait dans le prix du robot la maintenance, l’assistance médicale et les programmes d’optimisation. Il est important de mentionner également les producteurs d’instruments de laparoscopie, qui font eux aussi évoluer leurs produits (essentiellement en améliorant la flexibilité des instruments). Cela devrait permettre aux instruments laparoscopiques de rester d’importants concurrents des robots en raison de leur coût plus faible.

Le graphique ci-dessous reprend certains des principaux acteurs du marché. Nous nous attendons à l’avenir à des capacités robotisées avancées dans les procédures conventionnelles et à la miniaturisation des systèmes robotisés actuels pour des types de chirurgie très spécifiques.

 

Gérer le futur

Des avancées technologiques et des modifications de l’environnement concurrentiel de la chirurgie robotisée devraient intervenir au cours des années à venir. Un grand nombre de nouveaux concurrents vont faire leur apparition sur le marché et la robotisation deviendra plus accessible. Étant donnée l’importance de l’aspect financier total, la robotisation pourrait influencer la transition vers des soins de santé basés sur leur valeur. Comme nous le soulignions dans notre premier article (cfr ‘L’introduction des robots en salle d’opération aujourd’hui’), la gouvernance, la gestion et l’utilisation devraient être optimisées pour rendre l’implémentation de programmes robotisés viable. Les erreurs du passé concernant ces postulats de base devraient permettre d’atteindre un niveau d’OEE acceptable (‘Overall Equipment Effectiveness’, une mesure de performance évaluant avec quelle efficacité une opération de fabrication est utilisée) et de valoriser à l’avenir les investissements dans la robotisation au cœur des réseaux hospitaliers.

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Simon Wostyn

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